Comprendre les nouvelles "cultures du compost"
À l’heure où les villes cherchent à réduire leurs déchets, à reverdir leurs espaces et à renforcer leur résilience écologique, le compost apparaît comme un levier central de transformation. L’offre d’allocation de recherche doctorale portant sur les cultures du compost et les pratiques de refabrication du sol propose d’explorer, en profondeur, la manière dont le compost devient un objet social, politique, technique et culturel à part entière.
Ce projet doctoral ne se limite pas à la seule dimension agronomique du compost. Il vise à analyser la recomposition des relations entre humains, sols, biodéchets, infrastructures et institutions, dans un contexte où la lutte contre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité impose de repenser la manière dont nous habitons et produisons les territoires.
Une allocation doctorale ancrée dans la transition écologique
L’allocation de recherche s’inscrit dans le champ des sciences sociales de l’environnement et des études urbaines. Elle ambitionne d’étudier les multiples initiatives qui émergent autour du compost : dispositifs de collecte des biodéchets, plateformes de compostage urbain ou périurbain, expérimentations citoyennes, jardins partagés, fermes urbaines, projets associatifs ou coopératifs.
Le compost y est envisagé comme un commun écologique : une ressource produite collectivement, gouvernée par des règles explicites ou implicites, autour de laquelle se tissent de nouvelles solidarités, tensions, formes de travail et d’engagement. L’enjeu scientifique est de comprendre comment ces nouveaux communs du sol prennent forme, se stabilisent ou au contraire se fragilisent.
Objectifs scientifiques : refabrication du sol et politiques urbaines
Refertiliser les sols urbains et périurbains
La refabrication du sol renvoie à l’ensemble des pratiques qui visent à reconstituer, enrichir ou transformer des sols dégradés, artificialisés ou appauvris. À partir des biodéchets compostés, il s’agit de comprendre comment les sols urbains – souvent minéraux, compactés, pollués – peuvent retrouver des fonctions biologiques, agronomiques et paysagères.
Le doctorat examinera les conditions matérielles, réglementaires et organisationnelles de cette refabrication : flux de matières organiques, normes sanitaires, logistiques de collecte, modes de distribution du compost, modalités de valorisation dans les espaces verts, jardins, parcs, friches ou zones en reconversion.
Gouvernance, normes et conflits d’usages
Les cultures du compost impliquent également une gouvernance plurielle : collectivités, entreprises spécialisées, associations, collectifs citoyens, agriculteurs, jardiniers amateurs, aménageurs… autant d’acteurs qui produisent des visions parfois convergentes, parfois conflictuelles, du rôle des biodéchets et des sols.
L’allocation doctorale vise à analyser les tensions entre logiques industrielles et initiatives de proximité : massification de la collecte des biodéchets versus petits sites de compostage local, standardisation des procédés versus expérimentations situées, impératifs sanitaires versus revendications d’autonomie citoyenne. Le compost devient alors un prisme pour lire les recompositions des politiques urbaines et environnementales.
Approche pluridisciplinaire et méthodologie
Ce projet s’appuie sur une approche pluridisciplinaire, croisant sociologie, géographie, anthropologie, études urbaines et études environnementales. L’objectif est de saisir simultanément les dimensions matérielles, institutionnelles et symboliques du compost et des sols.
Enquêtes de terrain et ethnographie des pratiques
Le ou la doctorant·e mènera des enquêtes de terrain approfondies : observations participantes sur des sites de compostage, entretiens avec les différents acteurs impliqués, collecte d’archives de projets, analyse des discours politiques et institutionnels. Une attention particulière sera portée aux gestes, aux savoir-faire et aux routines quotidiennes qui accompagnent la production et l’usage du compost.
Cette ethnographie des pratiques de compostage et de refabrication du sol permettra de mettre en lumière les formes de travail souvent invisibilisées : manutention, tamisage, surveillance des températures, médiation auprès des usagers, animation d’ateliers pédagogiques, etc.
Analyse territoriale et cartographie des flux
Le travail de thèse intégrera également une dimension géographique et territoriale. Il s’agira de cartographier les flux de biodéchets, les réseaux de sites de compostage, les lieux de redistribution de la matière organique, ainsi que les espaces urbains ou périurbains bénéficiant de cette refabrication du sol.
Cette approche permettra de comprendre comment les infrastructures du compost reconfigurent les territoires : circuits courts de matières, nouvelles centralités, corridors écologiques, synergies entre espaces de production alimentaire, de loisir et de nature en ville.
Un projet de thèse situé dans les débats contemporains
Les enjeux de cette allocation doctorale se situent au croisement de plusieurs débats contemporains : transition écologique, économie circulaire, justice environnementale, adaptation des villes au changement climatique, et renouvellement des politiques de l’urbanisme.
Économie circulaire et politique des déchets
La généralisation du tri à la source des biodéchets transforme les manières de considérer les restes alimentaires et végétaux. Ils ne sont plus seulement des déchets à éliminer, mais des ressources pour les sols. Cependant, l’économie circulaire n’est pas neutre : elle produit de nouvelles hiérarchies, redistribue le pouvoir entre les acteurs et redéfinit ce qui est considéré comme propre, sain, souhaitable.
Le doctorat interrogera la manière dont ces politiques sont appropriées localement, et comment elles redessinent les frontières entre espace domestique, espace public, sphère industrielle et sphère agricole.
Justice environnementale et accès aux sols fertiles
Les pratiques de refabrication du sol posent des questions de justice environnementale : qui bénéficie des sols enrichis par le compost ? Dans quels quartiers se concentrent les projets de compostage et de végétalisation ? Quelles populations ont accès à des espaces cultivables, à des jardins partagés, à des parcs renouvelés grâce à la matière organique produite collectivement ?
En observant les dynamiques sociales et spatiales qui entourent les cultures du compost, la thèse pourra éclairer les inégalités d’accès aux aménités écologiques urbaines et contribuer à des réflexions sur des politiques plus inclusives.
Perspectives pour les pratiques professionnelles et les politiques publiques
Les résultats de cette recherche doctorale sont susceptibles d’intéresser une grande diversité d’acteurs : services municipaux, intercommunalités, entreprises de gestion des déchets, urbanistes, paysagistes, associations environnementales, collectifs citoyens.
Vers de nouvelles formes de conception urbaine
En plaçant le sol et le compost au centre de l’analyse, la thèse contribuera à renouveler les manières de concevoir la ville : intégration des cycles de matière dans les documents de planification, reconnaissance du sol comme infrastructure écologique, développement de projets d’aménagement qui articulent gestion des biodéchets, agriculture urbaine et renaturation des espaces publics.
Les cultures du compost deviennent ainsi un laboratoire pour expérimenter d’autres formes d’urbanité, plus sobres, plus attentives aux limites planétaires, et plus respectueuses des relations entre humains et non-humains.
Accompagnement de la mise en œuvre des politiques de compostage
Grâce à une compréhension fine des pratiques, des blocages, des résistances et des dynamiques d’engagement, cette recherche pourra nourrir des recommandations pour l’accompagnement des politiques de tri à la source et de compostage. Elle aidera à concevoir des dispositifs plus adaptés aux contextes locaux, plus sensibles aux usages, aux représentations sociales et aux contraintes matérielles des habitants.
Un terrain d’étude vivant et évolutif
L’allocation doctorale s’inscrit dans un contexte en rapide évolution : généralisation des obligations réglementaires de tri des biodéchets, multiplication des expérimentations territoriales, montée en puissance des enjeux liés à la qualité des sols, aux îlots de fraîcheur, à la végétalisation urbaine.
Le terrain de recherche sera vivant, changeant, traversé de controverses et d’innovations. Cette dynamique offre au doctorat une opportunité unique de documenter en temps réel la construction de nouvelles infrastructures matérielles et sociales de la transition écologique.
Conclusion : le compost comme clé de lecture de la ville-écosystème
En étudiant les cultures du compost et les pratiques de refabrication du sol, cette allocation de recherche doctorale propose de saisir la ville non plus seulement comme un espace bâti, mais comme un écosystème en transformation. Le compost devient un fil conducteur pour comprendre comment les sociétés urbaines réorganisent leurs flux de matières, reconfigurent leurs paysages, réinventent leurs formes de coopération et redéfinissent leur rapport au vivant.
Cette recherche contribuera à enrichir les connaissances scientifiques sur les transitions écologiques, tout en offrant des pistes concrètes pour des politiques publiques plus soucieuses des sols, des déchets et des communs urbains.